Allemagne 1918-1923

Allemagne 1918-1923

Message par com_71 » 09 Mai 2026, 22:24

À lire, sans aucun doute : Allemagne 1918-1923 - Leçons d’une révolution fusillée, par Anne Deffarges
https://www.atlande.eu/une-autre-histoi ... 80421.html
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
Avatar de l’utilisateur
com_71
 
Message(s) : 6755
Inscription : 12 Oct 2002, 00:14

Re: Allemagne 1918-1923

Message par Zorglub » 10 Mai 2026, 22:25

Evoqué dans ce fil.
Zorglub
 
Message(s) : 1511
Inscription : 27 Fév 2009, 01:26

Re: Allemagne 1918-1923

Message par Nero » 11 Mai 2026, 23:10

Une recension sur le site du NPA-R

https://npa-revolutionnaires.org/allemagne-1918-1923-deffarges/



Allemagne 1918-1923 : leçons d’une révolution fusillée, d’Anne Deffarges

Éditions Atlande, 2026, 432 p., 21 €


Au début du XXe siècle, la classe ouvrière allemande est la plus nombreuse et la plus concentrée d’Europe, sans doute aussi la plus consciente, après des décennies de travail acharné de propagande et d’organisation de son parti depuis les années 1870. Mais en août 1914, le Parti social-démocrate commet l’inimaginable : il vote les crédits de guerre et se transforme en auxiliaire du gouvernement pour envoyer les prolétaires au massacre dans les tranchées. De l’autre côté du Rhin, son homologue SFIO – ainsi que la CGT – emprunte la même voie. Mais après quatre ans d’une guerre abominable et de privations drastiques à l’arrière, en novembre 1918, l’heure de la revanche a sonné : à l’image de la toute récente révolution russe et de ses soviets, le pays se couvre de conseils (Räte). C’est la révolution !

Un des grands mérites de l’ouvrage est d’insérer cette période de cinq années, 1918 à 1923, dans l’histoire de l’Allemagne, de la traiter comme un tout et non comme une succession d’épisodes sans guère de liens les uns avec les autres. C’est la révolution qui avance, puis recule ; qui semble à deux doigts de prendre le pouvoir, et le prend effectivement en Bavière, puis est impitoyablement défaite et massacrée, mais se relève et repart à l’assaut. Car cette période est tellement riche en événements, pratiquement une insurrection ou montée révolutionnaire par an, qu’on pourrait s’y perdre, dans le temps comme dans l’espace : Berlin, la Bavière, la Ruhr, Hambourg, l’Allemagne centrale, autant de villes et de région, autant de particularités que la classe ouvrière en révolution ne parviendra jamais à surmonter totalement.

Anne Deffarges parvient à peindre avec justesse, dans une langue accessible et directe qui maintient l’attention tout du long, les phases de montée de combativité révolutionnaire et de répression féroce qui se succèdent, sans jamais faire perdre le fil au lecteur. Ne serait-ce que pour cette raison, sa lecture est indispensable et enthousiasmante.

Le livre pose également le problème politique fondamental de la révolution, de toute révolution. Celui du parti révolutionnaire et de sa direction. La bourgeoisie allemande, riche, puissante et pourvue d’une conscience de classe aiguë, saura mettre à son service le parti socialiste (SPD), qui sera pendant toute cette période le principal organisateur de la contre-révolution. Jouant sur le crédit accumulé, il saura mêler propagande « démocratique », aspiration à l’unité et répression impitoyable. C’est à son instigation directe que le jeune Parti communiste fut décapité dès janvier 1919 avec l’assassinat ou l’exécution de la plupart de ses dirigeants les plus capables, dont Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, puis Leo Jogisches et Eugen Léviné, et de nombreux autres. C’est à son initiative et avec l’aide de l’état-major que vont se créer les « corps francs » (Freikorps), milices paramilitaires contre-révolutionnaires de plusieurs milliers d’hommes qui seront le fer de lance de la répression et des massacres de prolétaires… et, plus tard, constitueront l’ossature des troupes de choc de Hitler.

Le Parti communiste ne se crée qu’à la toute fin de l’année 1918. D’ailleurs l’autrice semble regretter que Rosa Luxemburg et ses amis spartakistes ne l’ait pas fondé plus tôt, peut-être en 1916 ou au tout début de la guerre. C’est une vraie discussion et il est en tout cas certain que les petits groupes révolutionnaires qui existaient dès avant le déclenchement du conflit dans et autour du SPD, qui creusaient leur sillon chacun de leur côté et n’avaient aucune confiance les uns envers les autres, auraient eu avantage à se coordonner. Rosa Luxemburg n’aurait alors peut-être pas été mise en minorité à plusieurs reprises au moment crucial, en pleine révolution et au congrès de fondation du parti, sur des questions essentielles, comme les élections ou les syndicats. Le jeune Parti communiste, tour à tour gauchiste ou hésitant, décapité dès son origine par l’assassinat de nombre de ses dirigeants les plus capables, ne parvint jamais à sélectionner et former une direction à la hauteur de l’enjeu, malgré le feu de la révolution. C’est le drame de ces cinq années de révolution.

Le livre d’Anne Deffarges, dont il est bien difficile d’interrompre la lecture dès qu’on l’a commencée, est pourvu d’une très intéressante iconographie, d’un « arbre généalogique » du mouvement ouvrier allemand de 1863 à 1922 qui aide à se retrouver dans les filiations et les sigles d’organisation, d’une chronologie, d’une importante bibliographie et d’un glossaire très utile.

Une lecture indispensable qui prend place d’emblée aux premiers rangs des ouvrages consacrés à la révolution allemande.

Michel Grandry
Nero
 
Message(s) : 107
Inscription : 04 Sep 2023, 18:30

Re: Allemagne 1918-1923

Message par artza » 10 Juil 2026, 08:57

On peut entendre sur Radio libertaire un long interview d'A. Deffarges dans l'émission Au fil des pages du 8 Juillet ;)
artza
 
Message(s) : 2656
Inscription : 22 Sep 2003, 08:22

Re: Allemagne 1918-1923

Message par Byrrh » 10 Juil 2026, 14:29

artza a écrit :On peut entendre sur Radio libertaire un long interview d'A. Deffarges dans l'émission Au fil des pages du 8 Juillet ;)

Le podcast peut être écouté sur cette page : https://radio-libertaire.org/podcast/z_ ... bout=alpha
Byrrh
 
Message(s) : 1488
Inscription : 10 Avr 2017, 20:35

Re: Allemagne 1918-1923

Message par Zorglub » 15 Sep 2026, 18:22

A la fête de Prelses, le topo Allemagne 1918-1923, leçons d'une révolution fusillée du livre éponyme d'Anne Deffarges.
Queques faits notables et anecdotes :
    - Une partie des officiers voulaient arrêter la guerre car les désertions étaient en forte hausse et parfois des unités entières ne voulaient pas combattre. L'état-major persista jusqu'au baroud d'honneur de l'amirauté avec le sang des matelots à Kiel.
    - La famine en Allemagne pendant la guerre : estimation 800 000 morts.
    - Pas de violence gratuite, pas de revanche, une générosité naïve... qui ne servira pas comme le dit Haffner.
    - Le SPD parvient à placer ses cadres dans les élections aux conseils, parfois même des officiers.
    - Guet-apens, fusillades et bombardements de quartiers populaires dès 1919.
    - La petite sœur de Döblin a été une victime « collatérale » de la répression par l'armée ou les corps-francs.
    - En comptant les employés, la classe ouvrière représentait 80% de la population.
    - A Kiel, Noske parvient à se faire élire à la tête du conseil sur la demande de l'état-major. Il est aussi nommé comme gouverneur militaire, ayant ainsi la tête des deux pouvoirs. Une répétition générale que le SPD poursuivra.
Elle cite également un livre Schikele, ce que j'ai compris. J'ai trouvé René Schikele, alsacien germanophone et je suppose que le livre est Nous ne voulons pas mourir, éditions Arfuyen.
La présentation :
Le 6 juin 1921, Rilke écrit à sa compagne Baladine Klossowska, qu’il appelle Merline: «Avez-vous lu la prose de Schickele sur son voyage en Alsace et à Paris (chez Barbusse) ? C’est très beau. » Le texte dont Rilke fait un éloge si chaleureux est le deuxième des trois textes qui constituent Nous ne voulons pas mourir, de René Schickele, jamais encore traduit en français.

Romancier, essayiste, poète, Schickele est l’un des grands écrivains germanophones du début XXe s. Intellectuel engagé, il a été un ardent militant pacifiste et a participé à la Révolution berlinoise de Novembre 1918. S’inspirant des Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy, il a été une figure pionnière d’« écrivain-journaliste » à travers des articles et essais aussi frappants d’intelligence et de lucidité que brûlants de ferveur et d’actualité.

L’éloge de Rilke est d’autant plus frappant qu’il ne concerne pas un roman, une prose poétique ou un recueil de poèmes, mais précisément l’un de ces textes inclassables où Schickele s’affirme comme figure pionnière d’« écrivain-journaliste » : historien et chantre de l’actualité, avec la même force de vision et d’écriture que son inspirateur Péguy.

En 1904, âgé de 21 ans, Schickele dirige à Berlin Das neue Magazin, « à l’extrême-gauche du goût ». En 1910, il écrit à Paris pour la Straßburger Neue Zeitung. Il définit alors l’écrivain-journaliste comme « l’oreille de l’époque » et ce genre littéraire comme «l’automobile de la littérature ». Pendant la guerre, il dirige à Zurich la plus grande revue pacifiste, Die Weißen Blätter, qui publie Zweig et Romain Rolland.

Rédigé entre 1918 et 1921, Nous ne voulons pas mourir analyse les impasses du pacifisme, du socialisme et de l’idée européenne au lendemain de la Grande Guerre et garde un siècle après, face à la montée des nationalismes et des populismes, une terrible actualité.

Le livre se compose de trois textes : « Le 9 Novembre », sur l’échec de la révolution berlinoise de 1918 ; « Le voyage à Paris », sur les contradictions de la gauche d’alors (le texte aimé de Rilke !) ; « Vu du Vieil-Armand », méditation sur Dostoïevski et vision mystique d’une Europe unifiée : « La paix descendit en moi, conclut Schickele, car j’étais de bonne volonté, au moins cela, cela j’en étais sûr. »

C’est ici la première traduction en français d’un texte majeur, d’un point de vue littéraire comme historique.

Cela parle à quelqu'un ?
Zorglub
 
Message(s) : 1511
Inscription : 27 Fév 2009, 01:26

Re: Allemagne 1918-1923

Message par Zorglub » 15 Sep 2026, 21:29

Et l'article de la dernière LDC (n°258) :
1918-1923 : l’Allemagne en révolution

Après la boucherie de la guerre mondiale et dans le prolongement de la révolution russe d’octobre 1917, la classe ouvrière allemande est elle aussi partie à l’assaut du pouvoir de la bourgeoisie entre fin 1918 et 1923. La profondeur de ces cinq années de révolution et l’histoire complète de son écrasement par l’alliance des officiers réactionnaires de l’armée et des dirigeants du parti social-démocrate (SPD) restent peu connues1.

Le livre d’Anne Deffarges, qui vient de paraître, revient sur ces années cruciales, en prenant le contre-pied de la version sociale-démocrate et officielle de l’histoire, en particulier telle qu’elle est enseignée en Allemagne. Il nous plonge, de manière claire et vivante, aux côtés des militants ouvriers de l’époque, de leur courage et de leurs espoirs, au cœur de leur combat face à la contre-révolution et aux manœuvres incessantes des dirigeants du SPD, alliés à toutes les forces de la bourgeoisie pour désarmer politiquement puis écraser militairement les travailleurs.

L’enjeu des batailles qu’a menées la classe ouvrière à l’échelle de l’Europe après la guerre, c’était l’alternative « socialisme ou barbarie », selon la formule de Rosa Luxemburg. Une victoire prolétarienne en Allemagne, principal pays industrialisé d’Europe, aurait sorti la Russie révolutionnaire de son isolement et ouvert bien des possibilités pour aller vers une économie socialiste. Lénine l’a souvent exprimé, « si la révolution allemande ne vient pas, nous sommes perdus »2.

En Allemagne, la période révolutionnaire, ouverte en novembre 1918 par la révolte des marins, gagna en quelques jours l’armée et les usines ; le pays se couvrit de conseils ouvriers similaires aux soviets de Russie. Ce premier assaut, trahi et réprimé par le gouvernement SPD en janvier 1919, allait rester marqué par l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, les dirigeants les plus connus et influents parmi ceux qui avaient maintenu le drapeau de l’internationalisme ouvrier pendant la guerre.

Cette répression n’a pas clos la période révolutionnaire. En mettant en lumière des ouvrages existants, en s’appuyant sur des travaux récents d’historiens allemands, des écrits politiques de protagonistes non traduits jusque-là, mais aussi sur des témoignages et des romans de l’époque, le livre nous montre, mois après mois, l’évolution de nouvelles couches de travailleurs, jusqu’aux plus opprimés comme les ouvrières ou les femmes au foyer ; par millions, ils s’éveillent à la vie politique, discutent, réfléchissent, s’engagent, s’organisent, combattent. République des conseils ouvriers en Bavière ; insurrections dans plusieurs villes ; armée rouge dans la Ruhr ; puissante grève générale de 1920 qui balaye un coup d’État militaire mais qui, faute d’une direction ouvrière suffisamment lucide et déterminée, cède le terrain aux forces réactionnaires ; année 1923 marquée par la violence de l’occupation française, puis par la montée du péril fasciste et une nouvelle montée révolutionnaire finalement avortée…
Le combat pour construire un parti communiste

Autant de situations variées et complexes auxquelles ont été confrontés les militants du jeune Parti communiste, né en pleine tempête révolutionnaire et décapité une première fois. Le livre expose les différents problèmes qui se sont posés à lui, et en particulier comment la répression, puis l’isolement et plusieurs décisions erronées jusqu’en 1921 l’ont empêché de sélectionner une direction capable de mener la classe ouvrière jusqu’à la prise du pouvoir. Même si ces militants ont cherché leur inspiration dans la politique couronnée de succès du Parti bolchevique et trouvé le soutien de l’Internationale communiste, fondée en 1919 – dont le rôle est surtout décrit après l’année 1921 – une telle direction ne pouvait être forgée de l’extérieur.

Ce parti, le plus puissant parti communiste ayant existé en dehors de l’Union soviétique avant la Deuxième Guerre mondiale, n’avait rien à voir avec ce que seront ensuite les partis stalinisés : parti vivant et dynamique, il s’enracinait de plus en plus dans les usines, regroupant les ouvriers qui se détournaient de la social-démocratie, et comptant jusqu’à des centaines de milliers de membres.
Appareil d’État et SPD main dans la main pour écraser la révolution

Le camp d’en face, celui de la bourgeoisie et de son appareil d’État rallié à contrecœur à la République en 1919, a montré de quelle sauvagerie il est capable lorsqu’il craint de perdre le pouvoir : avec la complicité active et répétée des dirigeants du SPD, l’armée, alliée à des milices réactionnaires, les corps francs, a multiplié exécutions sommaires et massacres, et envoyé, comme le raconte ce livre, les premières bombes aériennes de l’histoire sur les quartiers ouvriers de Berlin en mars 1919. La justice aussi s’est acharnée : interdictions régulières de la presse communiste, arrestations, condamnations de militants à des années de prison, voire à la mort comme le jeune dirigeant Eugen Leviné, qui a jeté à la tête de ses juges : « Nous autres communistes sommes tous des morts en sursis. […] Vous pouvez bien me tuer, mes idées continueront à vivre ! »

Le camp des exploiteurs n’aurait pas pu vaincre sans la trahison du parti social-démocrate (SPD) : ce grand parti ouvrier, profitant du crédit gagné par des générations de militants, à la tête de dizaines de journaux, de coopératives, de syndicats, avait déjà fourni à la bourgeoisie des propagandistes patriotes en 1914. Puis ses dirigeants les plus droitiers, les Ebert et Noske, se sont portés à la tête de la révolution de novembre 1918 pour mieux la désarmer, puis organiser et assumer eux-mêmes sa répression sanglante. Quant aux autres, en particulier Karl Kautsky, regroupés dans le Parti social-démocrate indépendant, ils ont été complices des massacres par leurs tergiversations et leurs positions hypocrites incessantes. Dans cette période où les classes sociales s’affrontaient directement pour le pouvoir, ces faux amis des travailleurs ont offert une planche de salut aux capitalistes.

L’humanité a payé l’échec de la révolution allemande par le maintien du capitalisme et de l’impérialisme, et par plus d’un siècle de barbarie supplémentaire. Réfléchir à ses causes et tenter d’en tirer les leçons pour l’avenir est essentiel dans cette période où l’évolution du monde capitaliste est plus que jamais marquée par les crises et les guerres.

5 septembre 2026



1 Deux ouvrages importants et engagés ont été publiés en français : Pierre Broué, Révolution en Allemagne (1917-1923), Les Éditions de minuit, 1971 ; Chris Harman, La révolution allemande 1918-1923, La Fabrique, 2015 (édition originale, 1982).

2 Lénine, « Discours au VIIe congrès extraordinaire du PC (b) R » (6-8 mars 1918).
Zorglub
 
Message(s) : 1511
Inscription : 27 Fév 2009, 01:26


Retour vers Livres, films, musique, télévision, peinture, théâtre...

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 17 invité(s)