Fukushima, Thyroïde et Sieverts dans Lutte Ouvrière

Et lutte contre les pseudo-sciences et les obscurantismes

Fukushima, Thyroïde et Sieverts dans Lutte Ouvrière

Message par Cyrano » 12 Mars 2021, 10:45

Dans le dernier numéro de Lutte Ouvrière, le numéro 2745 du 12 mars, on a droit à une page complète sur le grave accident de la centrale nucléaire de Fukushima provoqué par un tsunami. C'était le 11 mars 2011, bon sang! ça aurait fait un éphéméride du forum:
https://journal.lutte-ouvriere.org/2021 ... 55408.html

Un passage m'a donné le hoquet, hulp! Je lis:
« Pour les riverains victimes de la catastrophe, l’État japonais n’a eu que mépris. Ainsi l’Université de médecine de Fukushima minimise aujourd’hui les cas de cancers de la thyroïde chez les enfants, pourtant multipliés par dix selon certaines études, et met en doute leur lien avec l’accident. Là encore, les effets décalés dans le temps des radiations et la capacité de Tepco et du gouvernement à financer des études contradictoires, jouent contre la population. Dès avril 2011, l’État a relevé de 1 à 20 millisieverts par an, la dose de radioactivité supposée sans danger pour autoriser la réinstallation des évacués. Cette dose, référence pour les travailleurs du nucléaire, est tout d’un coup devenue valable pour des enfants en pleine croissance

L'auteur a des sources dont on ne dispose pas, peut-être fournies par une cellule trotskiste dormante de là-bas? Je lis: «l’Université de médecine de Fukushima minimise aujourd’hui les cas de cancers de la thyroïde chez les enfants, pourtant multipliés par dix selon certaines études, et met en doute leur lien avec l’accident.» Les «certaines études» ressemblent furieusement aux fameux milieux bien informés dont parlait Coluche. J'ai cherché, je n'ai pas trouvé. Faut pas copier-coller ce que disent les Gilets jaunes de l'écologie, les certaines études sont en fait bien incertaines. Une simple recherche sur le net aurait évité d'écrire cette bêtise.
Mais y'a pas que ça.

«Dès avril 2011, l’État a relevé de 1 à 20 millisieverts par an, la dose de radioactivité supposée sans danger»
Là, on touche du doigt le marais des mesures des radiations. Les rads, les becquerels, les curies, et d'autres! on peut s'y perdre et ne plus être capable de se comprendre. Il y a un journal télévisé célèbre concernant Tchernobyl, en 1986, où des intervenants s'exprimaient en becquerels contre le professeur Pellerin s'exprimant en picocuries. Alors, on a inversé la mesure: plutôt qu'exprimer ce qui est émis dans une quelconque échelle, on exprime les radiations reçues en utilisant une unité: le Sievert (… du nom du physicien Rolph Sievert – ça, c'est pas compliqué).
En somme, comme a des rayonnements divers, on a des bestioles grippe, gastro, covid, mais 10.000 bestioles grippes peuvent ne valoir que 1.000 bestioles covid pour la dangerosité, etc. Trop compliqué pour comprendre. Si on inhale 10.000 bestioles grippe on aurait une dose de 3 milliSieverts , si on inhale 500 bestioles covid on aurait une dose de 25 milliSieverts – ce qui est déjà plus embêtant. Avec le Sievert, immédiatement on comprend la dangerosité ou l'innocuité des radiations reçues.

Une dose de 1 à 20 millisieverts, comme c'est dit dans l'article, c'est une dose dont on n'a mesuré aucun effet. En dessous de 100 milliSieverts d'ailleurs (100 mSv, 5 fois la dose citée dans l'article) on n'a pas mis en évidence un quelconque effet nocif, alors de 1 à 20…
La radioactivité naturelle en France varie de 1 à 3 mSv selon les sols et selon la présence d'un gaz, le Radon. Elle est environ de 2 mSv en Auvergne, un peu plus en Bretagne. Mais cette radioactivité naturelle frôle les 20 mSv (la dose «supposée» sans danger) dans certaines régions du monde: au sud de l'Inde, en Iran, etc.

J'ose croire que le reste de l'article sur l'attitude du gouvernement japonais et de Tepco s'appuie sur des basses plus solides. Et je le crois.
Cyrano
 
Message(s) : 688
Inscription : 03 Fév 2004, 17:26

Re: Fukushima, Thyroïde et Sieverts dans Lutte Ouvrière

Message par com_71 » 12 Mars 2021, 16:08

Tu as maintenant le devoir de soumettre ta réaction au rédaction (et au comité de rédaction). Il y a pour cela un champ dédié sur le site, en dessous de l'article.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
Avatar de l’utilisateur
com_71
 
Message(s) : 4331
Inscription : 12 Oct 2002, 00:14

Re: Fukushima, Thyroïde et Sieverts dans Lutte Ouvrière

Message par crazy horse » 12 Mars 2021, 17:00

je ne suis pas un spécialiste mais que penses tu de cet article qui ne me parait pas contradictoire avec l'article LO:

La contestation associative
L’accident nucléaire a également eu pour conséquence, sans surprise, de raviver la contestation anti-nucléaire (Gaulène, 2016). Des manifestations mensuelles sont organisées à Tokyo les mois suivant la catastrophe, le mouvement se structure autour de Sayonara Genpatsu : Kenzaburo Ôe, prix Nobel de littérature est présent à la manifestation du 19 septembre 2011. Des mouvements se structurent : « Occuper Kasumigaseki (le quartier des ministères à Tokyo) », et une manifestation importante la « révolution des hortensias » le 29 juin 2012. Ces évènements, comme le regrette Keiko Courdy, sont cependant peu couverts par la presse (Courdy, 2013).
Ce monde comprend d’abord des ONG ”établies” de longue date dans l’opposition à l’industrie nucléaire comme par exemple Green Action Japan ou Greenpeace. L’accident est pour ces associations l’occasion de dénoncer les risques liés à l’industrie nucléaire, mais aussi la politique gouvernementale de gestion de la catastrophe. Ces associations mènent des actions d’aide aux populations, et de protestation. En août 2012, une requête est présentée au Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, par un ensemble d’associations. Elle est intitulée : [b]« Violations des droits des enfants de Fukushima »1. Elle réclame la « rétractation » du relèvement du seuil de 20 mSv/an pour les enfants, et que « soit révélés les noms des experts qui ont établi que le seuil de 20 mSv/an était correct pour les enfants… ».[/b]
Le Citizen’s Nuclear Information Center (CNIC), créé en 1975 par Jinzaburo Takagi (fondateur de la Takagi School) prend également publiquement position. Il se fait entendre dans les jours qui suivent l’accident grâce au club des correspondants de presse étrangers, (Gaulène, 2016), et développe une contre-expertise sur de nombreux sujets liés à l’analyse de l’accident nucléaire et à sa gestion. L’opposition au seuil de 20 mSv/an est un élément central de la critique adressée.
La contestation issue du monde scientifique et académique
Plusieurs chercheurs vont intervenir sur la scène publique pour dénoncer le seuil retenu. Certains de ces scientifiques ont déjà une longue histoire dans l’opposition anti-nucléaire, et l’accident va déclencher ou développer leur critique quant à la politique gouvernementale. Dans ce contexte, la critique du seuil n’est qu’un élément d’une critique plus large. Ainsi, le professeur Makino de l’université de Tokyo, un chercheur en Astrophysique, et le professeur Koide, du Kyoto University Research Reactor Institute (KURRI), opposant de longue date à la poursuite du programme nucléaire japonais deviennent des contre experts majeurs sur la scène publique. Tous deux expriment leur désaccord avec le seuil retenu.
Un autre aspect de la critique consiste à comparer le seuil choisi par le gouvernement japonais au seuil retenu pour Tchernobyl (5 mSv). Le professeur Yukio Hayakawa, volcanologue de l’université de Gunma, édite une carte montrant les zones contaminées autour de Tchernobyl et de Fukushima. Cette carte devient une référence dans les mouvements civils, elle est placardée dans presque tous les centres d’aide et d’entraide (Sugita et Augendre, 2012).
Hisako Sakiyama, professeure de médecine et ancienne directrice de recherche au NIRS (National Institute of Radiological Sciences) avait alerté lors de ses travaux de recherche réalisés bien avant l’accident nucléaire, sur les dangers des expositions médicales. Elle rejoint à sa retraite du NIRS la Takagi School for Alternative Scientists. Elle siège dans la Commission parlementaire dite NAIIC et elle critique sévèrement la minimisation du risque radiologique par certains des experts gouvernementaux, notamment à l’occasion de son audition. Elle tient à souligner le point suivant, lors d’un entretien récent : « En 2015 les arguments du gouvernement restent les mêmes que juste après l’accident. Pourtant, entre temps, il y a eu la publication INWORKS qui montre la validité du modèle linéaire sans seuil, et une importante étude australienne par Matthews, qui a établi de façon très claire un lien entre les expositions médicales et l’augmentation des cancers. On peut considérer qu’il n’y a plus de véritable controverse, au sens scientifique, sur les faibles doses. Même (les professeurs) Niwa et Yamashita le savent. Mais ils cherchent avant tout à rassurer la population et à justifier les décisions prises » (Fassert et Hasegawa, 2019).
Une autre critique est apportée dans l’espace public par le professeur Tatsuhiko Kodama, directeur d’un centre de recherche en radiologie à l’University of Tokyo, qui a été appelé comme témoin à la commission du travail et santé du parlement Japonais. À cette occasion, il critique violemment les politiciens pour leur absence de mesures de protection pour les enfants. Les images vidéo montrant sa colère et sa dénonciation de la politique gouvernementale, accusée de négligence envers les spécificités du risque radiologique pour les enfants vont largement circuler sur le web, et le Professeur Kodama va apparaître comme un scientifique attentif à la vulnérabilité des plus faibles. Lors d’un entretien il répond, à propos de nos questions sur ce qui lui apparaîtrait comme un seuil « juste » : « Il y a un seuil de 1 mSv/an établi par la CIPR, pourquoi devrait-on choisir un autre seuil pour les situations accidentelles ? » (Fassert et Hasegawa, 2019). Trois ans plus tard, lorsque le maire de Kawauchi doit constituer un « comité pour le retour dans les territoires évacués » il choisit de demander au professeur Kodama d’être un des experts de ce comité : « Je suis allé le voir à Tokyo, j’avais été ému de le voir protester contre ce seuil pour les enfants, cela m’a décidé à le choisir comme conseiller » (Fassert et Hasegawa, 2019).
Des intellectuels comme le Professeur Shimazono, spécialiste des religions, de Sophia University sont également intervenus (Fassert et Hasegawa, 2019). Shimazono fait partie du CCNE (Citizen commission on Nuclear Energy), et il est membre de l’académie des sciences du Japon. Durant le « 6th Citizen-scientist International Symposium on Radiation Protection », il préside la journée de clôture, durant laquelle est évoquée l’idée de formuler une conclusion rappelant que les mesures prises par les autorités devraient respecter le modèle LNT, car il s’agit du consensus le plus large existant dans la communauté scientifique.



https://www.radioprotection.org/article ... 00005.html
crazy horse
 
Message(s) : 21
Inscription : 12 Jan 2019, 10:37

Re: Fukushima, Thyroïde et Sieverts dans Lutte Ouvrière

Message par Cyrano » 14 Mars 2021, 14:36

Pour crazy horse:
Au moins, tu as cherché… mais sans être un spécialiste, tu peux remarquer quelques phrases dans le texte que tu cites qui doivent mettre la puce à l'oreille.

«des ONG ”établies” de longue date dans l’opposition à l’industrie nucléaire […] L’accident est pour ces associations l’occasion de dénoncer les risques liés à l’industrie nucléaire
Donc, on est donc sur le terrain des anti-nucléaires actifs: on ne peut pas s'attendre à autre chose que des alertes sur toute radioactivité potentielle. Ah, oui, ils font appel à des contre-experts scientifiques. Pas n'importe lesquels:
«Certains de ces scientifiques ont déjà une longue histoire dans l’opposition anti-nucléaire». L'un de ces scientifiques est «opposant de longue date à la poursuite du programme nucléaire japonais», une autre scientifique est contre «les dangers des expositions médicales» (pourtant bien anodines).
Ça va, on a compris, mais ce n'est pas avec ça qu'on peut espérer une réflexion objective.

Je remarque que tu as mis un lien. Donc, je clique. Humm, mm, ça a l'air sérieux, donc je commence à lire.
Dés le début: «L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en 2011 a entraîné une crise de confiance des citoyens envers les autorités japonaises, et l’émergence d’une contre-expertise associative
Il suffit de remplacer "Fukushima" par "Tchernobyl", "japonaises" par "françaises" et on a la définition de la création de la CRIIRAD. Ça suffirait à ne pas prolonger la lecture.
Mais c'est quoi cet article, cette analyse? L'auteur le dit: «Les analyses présentées résultent en grande partie des 120 entretiens effectués avec des habitants.» Des causeries . Et pour que ça ait 'air scientifique, il y a eu des rencontres avec « des représentants des autorités nationales et locales, et enfin des associations et des « contre-experts », notamment du monde « anti-nucléaire »,
Encore les anti? Mais qu'est-ce qu'on fout ici?

On va arrêter la lecture. Bien sûr, ça n'empêche pas que les mesures étatiques soient crapuleuses, avec des personnes qui ont déjà vécu le traumatisme d'une évacuation immédiate voici 10 ans.
à mon tour:
https://www.afis.org/Consequences-sanit ... -Fukushima

Le sujet n'es tpas le 1 mSv ou les 20mSv, le sujet c'est le comportement de Tepco, c'est la filouterie du gouvernement japonais, c'est le mépris révoltant vis à vis d'une population brisée et perdue.
Cyrano
 
Message(s) : 688
Inscription : 03 Fév 2004, 17:26


Retour vers Sciences

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 0 invité(s)