LO, après les municipales de2014 a écrit :Les résultats de Lutte Ouvrière
Les résultats de Lutte Ouvrière montrent la permanence d'un courant communiste révolutionnaire dans l'électorat. Mais ils montrent aussi que ce courant n'est pas assez crédible : l'électorat qui s'est détourné du jeu des partis de l'alternance s'est abstenu, plutôt que de voter pour lui. Face à l'électorat petit-bourgeois, réactionnaire ou réformiste, attirant des franges de l'électorat ouvrier, le gros de ce dernier, ne se sentant plus représenté, se détourne de la politique et s'abstient.
L'évolution de l'ensemble de l'électorat indique, du coup, un glissement vers des idées, des opinions, des programmes réactionnaires.
Le retournement, on ne peut l'espérer que d'une reprise de confiance de la classe ouvrière en elle-même. Il est difficile d'imaginer qu'elle ne se manifeste que sur le plan électoral, et pas sur un autre terrain autrement plus important, celui des luttes, des contre-offensives de grandes masses de travailleurs pour s'opposer au grand patronat et pour défendre leurs conditions d'existence.
Sous ses dehors d'apolitisme, l'abstention témoigne d'une forme élémentaire de prise de conscience de l'électorat populaire au moins par rapport aux grands partis de la bourgeoisie, y compris ceux de gauche. Que cela devienne une véritable prise de conscience dépend fondamentalement de l'évolution de l'opinion d'une fraction significative des masses ouvrières, de ses expériences, des conclusions qu'elle en tire, du jugement qu'elle porte sur ses faux amis, mais aussi et surtout de son niveau de combativité. Mais pour que cette prise de conscience puisse s'exprimer, en particulier à l'occasion d'élections, il faut qu'existe un courant qui affirme les intérêts politiques de la classe ouvrière et qui devienne crédible sur cette base.
Le nombre de voix pour les listes Lutte Ouvrière témoigne de la persistance dans l'électorat ouvrier d'un courant qui se retrouve dans les idées de lutte de classe. Ces résultats sont évidemment modestes en comparaison avec ceux des grands partis. Cela indique fondamentalement le niveau de conscience objectif des grandes masses ouvrières. Mais pas seulement. La taille, l'implantation, le crédit d'une organisation comme Lutte Ouvrière pèsent également. Plus exactement, il y a une relation dialectique entre l'état d'esprit de la classe ouvrière et le développement de l'organisation qui incarne les idées communistes.
Le nombre de femmes et d'hommes qui ont accepté, en figurant sur nos listes, d'assumer publiquement les idées au nom desquelles Lutte Ouvrière s'est présentée à ces élections, est aussi significatif que le nombre de voix obtenues. À certains égards, plus significatif encore.
Pour pouvoir présenter 204 listes, nettement plus qu'aux élections de 2008, il a fallu l'engagement de 8 500 personnes, et plus en réalité, parce que, dans un certain nombre de villes, la liste étant complète, nous n'avons pas eu besoin de toutes celles et de tous ceux qui étaient prêts à se présenter au nom de Lutte Ouvrière.
Une partie de nos candidats adhèrent de longue date à nos idées, mais ils n'en constituent pas la majorité. Et c'est l'adhésion de celles et ceux des classes populaires, en particulier des catégories les plus déshéritées de la classe ouvrière, qui est le plus significatif. Et au fond, ceux avec qui nous avons eu l'occasion de discuter ont été d'autant plus rapidement convaincus des idées de lutte de classe qu'elles correspondent à ce qu'ils vivent. Mais une petite organisation communiste révolutionnaire comme Lutte Ouvrière n'a pas les moyens humains et matériels de développer sa propagande et ses arguments devant l'ensemble de l'électorat ouvrier.
Une organisation communiste révolutionnaire ne peut pas se développer, acquérir du crédit contre le courant. Faire souffler le vent de l'histoire dans le sens opposé ne serait pas à la portée même d'un véritable parti communiste révolutionnaire, s'il en existait un. Aujourd'hui, la crise, le chômage mais aussi l'influence croissante des forces réactionnaires pèsent sur la société en général, en particulier sur la classe ouvrière, sur son moral, sa combativité et sa conscience.
Mais, entre le jeu des facteurs objectifs et ce que peut faire une organisation communiste révolutionnaire même très réduite en nombre, il y a une marge. Et cette marge, c'est sa politique.
Les courants socialistes révolutionnaires n'ont pas émergé, à leur origine, comme des reflets passifs de l'évolution sociale. Ils ont émergé dans des combats. Des combats de classe sur le terrain des revendications matérielles contre la classe capitaliste. Contre l'influence politique de la bourgeoisie sur la classe ouvrière. Contre le pouvoir de l'État et ceux qui l'exerçaient. Contre les multiples canaux par lesquels passait le conservatisme social, des notables locaux à l'Église, auxquels venaient s'ajouter avec le temps les appareils réformistes issus de la classe ouvrière elle-même.
Cela a été vrai pour le développement des différents courants socialistes à la fin du 19e siècle en France. Cela a été vrai pour le parti socialiste allemand pendant les années de son développement le plus impressionnant. Dans les deux cas, il s'agissait de partis qui avaient levé le drapeau de l'émancipation sociale, non pas dans le vide, non pas sur un terrain vierge de toute activité politique en faveur de l'ordre bourgeois, mais en la combattant.
Aussi le problème des communistes révolutionnaires n'est pas de constater passivement l'évolution réactionnaire des choses, y compris dans la classe ouvrière et, en levant les yeux en signe d'impuissance, d'attendre des jours meilleurs. Le recul de la conscience de classe est parfaitement explicable, d'abord par les défaillances, ensuite par les trahisons des partis qui, dans le passé, se revendiquaient de la classe ouvrière et qui, aujourd'hui, sont tous devenus des partis de la bourgeoisie. Bien des éléments du fatras réactionnaire sur lequel prospère aujourd'hui le Front national, à commencer par le chauvinisme, ont été semés par le parti qui se prétendait communiste (et qui le prétend encore dans son étiquette).
Le problème est encore moins de mettre de l'eau dans le vin révolutionnaire en s'associant aux déçus du « hollandisme », à tous ces courants anciens ou nouveaux, du Parti communiste à Mélenchon, qui s'efforcent de trouver une formulation plus moderne pour de vieilles idées réformistes. Non seulement parce que, là encore, à en juger par ce que montre le thermomètre électoral, ces courants eux-mêmes n'ont pas vraiment réussi à capter à leur profit ceux qui, dans la classe ouvrière, sont dégoûtés du jeu politique officiel. Mais, surtout, parce que ces partis, s'ils capitalisaient à leur profit une remontée ouvrière, en feraient un nouveau piège pour la classe ouvrière. Il n'y a pas de miracle. Les partis, même affublés des étiquettes « gauche de la gauche », « socialiste » ou « communiste », qui ne se placent pas dans la perspective du renversement du pouvoir de la bourgeoisie par les moyens de la lutte de classe, s'ils sont amenés à gouverner, le feront inévitablement pour le compte de la bourgeoisie.
C'est précisément dans le contexte d'aujourd'hui, dominé par la crise de l'économie capitaliste et marqué par un gouvernement qui se dit socialiste, qu'il est vital pour le courant communiste de parler le langage de la lutte de classe, de façon à ce que les travailleurs à qui il s'adresse puissent l'identifier clairement.
[...]
Mais lorsque la classe ouvrière commencera à relever la tête, à retrouver confiance en sa force, et qu'elle se mettra à chercher sa voie, elle trouvera un courant politique qui milite au nom de ses intérêts et des femmes et des hommes pour les incarner.
Le chemin est-il long pour que les modestes forces du courant communiste révolutionnaire débouchent sur un parti et pour que ce parti parvienne à gagner la confiance de la classe ouvrière ? Oui et non.
Oui, parce que les dégâts causés dans la conscience ouvrière par le réformisme socialiste relayé par le stalinisme ont été considérables. Une bonne partie du chemin accompli dans le passé par le mouvement ouvrier révolutionnaire devra être refait, des traditions du mouvement ouvrier révolutionnaire sont à recréer.
Mais, en même temps, non. Car la lutte de classe, que le communisme révolutionnaire exprime en faisant de son dénouement son objectif ultime, n'est pas seulement une théorie et encore moins une vague étiquette pour campagne électorale, mais l'expression d'une réalité sociale que des dizaines, des centaines de millions de travailleurs vivent dans leur chair.
« Expression consciente d'un processus inconscient », le communisme révolutionnaire se fraiera son chemin.
3 avril 2014
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